La Mini Transat vue de Douarnenez.

Mini Transat 2017 : BLEU DEVANT !!

Demain, dimanche 1er octobre, sera donné à La Rochelle, le départ de la 21ème édition de la Mini Transat. Une édition assortie du quarantième anniversaire de l’épreuve. Un peu plus de 4000 milles nautiques en 2 étapes, entre la Charente Maritime et la Martinique via les Canaries. La plupart des 81 marins qui vont affronter l’Océan Atlantique étaient présents sur les pontons de Tréboul lors des dernières éditions du Trophée Marie-Agnès Péron et/ou de la Mini Fastnet et c’est donc avec un mélange de passion et d’émotion que nous allons pouvoir suivre l’aboutissement de leurs aventures.

Un doublé historique.

Depuis 2 saisons, il n’a pas laissé grand chose à ses adversaires, pas un seul pied sur la première marche du podium qu’il a monopolisée, pas une demi-longueur sur les parcours proposés par la Classe Mini 6,50. Ce n’est donc pas une pancarte de favori que Ian Lipinski aura autour du cou, mais c’est en véritable homme-sandwich qu’il se présentera sur la ligne. Il y a fort à parier que ce costume mal seyant pour un marin, ne gênera en rien le skipper de “Griffon.fr”, tant le sérieux de sa préparation et les conseils précieux de David Raison, architecte du bolide bleu, recueillis lors du dernier Mini Fastnet, confortent ce statut de grand favori. D’autant que l’expérience est là aussi dans les bagages de Ian, puisqu’il est le lauréat de l’édition 2015 en bateaux de Série. Dès lors, il vise ni plus ni moins un doublé historique dans les deux catégories de la Classe.

Mais, mais, mais, la voile reste un sport mécanique et rien n’est fait avant le passage de la ligne d’arrivée. Lors des 2 dernières éditions, au départ de Douarnenez, Giancarlo Pedote – lui aussi sur un gros nez signé Raison – était favori en 2013, mais, victime d’une casse à quelques jours de l’arrivée en Guadeloupe, il laissait filer la première place qui revenait à Benoit Marie, de même en 2015, Davy Beaudart avait dominé la première étape de la tête et des dérives – avec le bateau maintenant aux mains de Ian Lipinski – mais les premières heures après le départ des Canaries étaient fatales à son coursier et Fred Denis remportait l’épreuve.

Certains gros nez ont les dents longues.

Les formes nouvelles des Proto Raison ont inspiré d’autres architectes. L’intarrissable Etienne Bertrand a dessiné le “Lilienthal” de Joërg Riechers et le navigateur allemand a bien l’intention de faire parler la poudre à la barre d’un bateau qui n’en était qu’à ses premiers bords lors des épreuves douarnenistes en juin dernier. Le Proto est fiabilisé, le marin a multiplié les entraînements et la confrontation promet d’être de toute beauté.

Il reste beaucoup d’inconnues au sujet du superbe vaisseau spatial rouge de Quentin Vlaminck, mais les prodigieuses performances démontrées par ce voilier, qui cumule les innovations, laissent présager de vitesses phénoménales. La durée de l’épreuve sera son principal ennemi mais le skipper est un battant et “Arkéma 3” pourrait surgir de nulle part.

Il ne faudrait pas oublier trop vite l’Italien Andréa Fornaro sur “Sidéral”(un autre plan Bertrand) qui sera immanquablement plus serein qu’au départ de Tréboul en juin dernier où il avait accumulé les soucis de préparation. Ce serait également une erreur de ne pas citer “Eight Cube” du skipper suisse Simon Koster qui malgré une monture moins bien née, cumule l’expérience d’une troisième traversée en Mini et une ténacité légendaire.

Des nez fins très fins.

Sur une traversée de l’Atlantique, il convient de ne pas écarter avec un excès de certitudes les voiliers qui pourraient se voir qualifier d’ancienne génération. Au premier rang de ceux-ci, le n°800, vainqueur de la Mini Transat 2015. Surtout lorsque ce petit bijou est aux mains d’Erwan Le Mené, un skipper qui sait se faire mal, navigue avec finesse et ne jette jamais l’éponge. Ses difficultés à boucler son budget, résolues en dernière minute, ont décuplé sa motivation. Le doux Morbihanais à terre est un guerrier en mer, et il a hâte d’en découdre avec son “Rousseau Clôtures”.

C’est sans doute la détermination qui définit le mieux Romain Bolzinguer à bord de “Spicee.com”. Celui que ses adveraires surnomment la bernique, ne lâche pas facilement prise, une caractéristique payante sur une traversée.

Un cran en-dessous, mais tout petit, il faudra également suivre Kéni Piperol sur ,”Région Guadeloupe”, qui aura hâte de rentrer à la maison; Aurélien Poisson sur “Team Work”sera aussi pressé d’arriver de l’autre côté car un petit alevin doit voir le jour durant la seconde étape; Charlotte Mery sur “Optigestion – Femmes de Bretagne” a aussi tout ce qu’il faut pour ne pas être loin des meilleurs.

Pour en finir avec les Proto, une mention spéciale pour le doyen de cette 21ème édition, Fredo Guérin, à la barre de “les-amis.fun”. Agé de 62 ans, il est déjà monté sur le podium des éditions 83 et 87!

Une série de Pogo 3 en Série.

Ils sont plus d’une dizaine en Série à pouvoir revendiquer une place sur le podium de cette Mini Transat. Bien entendu, aucun ne le dira ailleurs que dans ses espoirs les plus secrets. D’une part, inutile de se mettre la pression, d’autre part, comme tous les marins, ils ne sont pas supertitieux, ça porte malheur, dixit le Maître Jean Le Cam. Une chose est sûre, la bagarre sera épique sur les deux étapes. Les skippers sont préparés et prêts à en découdre, il n’y a plus qu’à.

Pour les observateurs, libérés de l’enjeu personnel, la tâche n’est pas plus simple. Tous semblent d’accord pour dire que le podium ne devrait pas échapper aux Pogo3 tant la supériorité de ce modèle fut écrasante au fil des courses sur les 2 dernières campagnes. Partant de là, rien n’est établi clairement, c’est la bouteille à l’encre : untel ? Oui mais…un autre? oui mais…

Erwan Le Draoulec (“Emile Henry”): le benjamin de la course dispose de pas mal d’atouts. Gagner la Mini Transat à 20 ans est à sa portée. Il était sur tous les podiums du circuit Mini cette année. Il n’a pas encore d’expérience du grand large.

Tanguy Bouroullec (“Kerhis – Cerfrance”): un peu en demi-teinte tout au long de la saison, il ne se sent jamais aussi bien qu’au large comme le confirme sa victoire incontestable sur la course Les Sables – Les Açores – Les Sables 2016.

Tom Dolan (“Offshore Sailing”): le plus breton des Irlandais est plutôt accrocheur. Il a fait la Mini Transat 2015 et la SAS l’an dernier, deux expériences au long cours qui pourraient faire la différence.

Pierre Chedeville (“Blue Orange – Fair retail”): le Briochin est un client sérieux. Il garde la tête froide en toutes circonstances et possède un très gros bagage nautique. Il est le plus souvent aux avant-postes.

Clarisse Cremer (“TBS”): depuis 2 ans, sa courbe de progression est exponentielle. Elle s’est entraînée comme personne et pourrait être la première fille à décrocher la timbale. Sa combativité n’a d’égale que son sens de la communication.

Valentin Gautier (“Banque du Leman”): le Suisse est fin prêt. Il a connu cette saison des soucis techniques et physiques, mais tout ça est derrière et l’équipage tourne comme une horloge en cette veille de départ, qui plus est remontée à bloc.

Germain Kerleveo (“Adonnantes”): vétérinaire de profession, il a sans conteste eu moins de temps à consacrer à l’entraînement. Son principal atout est sa régularité. Il est aussi imperméable à la pression. Des qualités précieuses pour les deux étapes qui attendent les concurrents.

Oliver Tessloff (“Jandia”): l’Allemand de la bande s’entraîne à Lorient et progresse lentement mais sûrement dans la hiérarchie. Le sérieux de sa préparation et ses facultés de récupération pourraient être payantes dans la deuxième étape.

Yannick Le Clech (“Dragobert”): le gars de la Baie de Morlaix souffre probablement d’un déficit d’entraînement lié à son activité professionnelle. Mais, à quarante ans, il dispose d’une très solide expérience et sa force tranquille pourraient être payantes.

Guillaume Combescure (“Mini Oiri”): premier Tahitien engagé sur une Mini Transat, cette force de la nature, aussi à l’aise sur l’eau que dans l’eau, n’a pas pu consacrer le temps qu’il aurait souhaité à sa préparation. Mais, attention, il a plus d’un tour dans son sac.

Rémi Aubrun (“Construction du Belon”): ce quinqua a fait la Mini en 2009, jusqu’à Bahia. Il est aussi monté à plusieurs reprises sur la première marche des podiums en Méditerranée. Un candidat à ne pas négliger pour le classement final.

Les autres Série.

Les skippers d’ Offcet 6,50 n’en démordent pas, ils rappellent les deux premières places acquises lors de la dernière édition et les qualités de leurs montures taillées pour cette course. Avec un petit sourire, ils prétendent aussi que le plus grand confort de leurs voiliers sera un atout sur la longueur de l’épreuve. En bref, ils sont loin, Henri Patou (“DA.fr”) en tête, d’avoir déposé les armes.

Il convient aussi de ne pas oublier le lutin italien Ambrogio Beccaria (“Alla Grande Ambeco”). Le transalpin sur son Pogo2 a déjà démontré lors de la SAS, où il a terminé 2ème du général, qu’il pouvait toujours sortir sa baguette magique, pour bousculer une hiérarchie jamais établie définitivement.

Djibi pour le Winches Club.

Photos : Simon Jourdan.