Mini Transat 2017 : la lutte finale

Mini Transat 6,50_- 2017

La lutte finale

Récupération et préparation

Les petits bolides multicolores piaffent d’impatience et tirent sur leurs amarres aux pontons de Las Palmas à Gran Canaria. Quelques heures encore et le dernier acte de l’aventure océanique va se dérouler pour les 79 concurrents de la Mini Transat. Mercredi 1er novembre, le coup de canon libérera les marins pour un périple de plus 2700 milles nautiques à travers l’Atlantique jusqu’à la Martinique. Plus d’escale possible. Les tripes de tous sont un peu nouées : les uns parce qu’ils arrivent au pied de leur objectif final, le grand saut dans l’inconnu, la grande confrontation avec le Bleu, leur traversée de l’Océan Atlantique en solitaire, et que, quand même, on a beau s’y préparer depuis deux années, s’être rassuré sur la première étape, ça remue un peu le système digestif; les autres parce que les résultats sportifs de la premère partie de l’épreuve, de La Rochelle aux Canaries, démontrent que tout reste possible pour pas mal de skippers qui peuvent continuer de rêver de podium pendant l’escale, de gamberger, de se mettre la pression et que, quand même, on a beau prendre du recul, dire que l’important est d’arriver de l’autre côté, ça tord les boyaux.

A l’heure qu’il est, la plupart des job list ont disparu et ce sont les fichiers météo qui commencent à faire ronfler les ordinateurs. Ils examinent, ils scrutent, ils analysent les caprices d’Eole pour sculpter une jolie route sur tout ce bleu, pour ne pas se faire piéger, pour anticiper le plus possible l’absence de données une fois le départ donné. Les vivres frais occupent aussi une place essentielle dans les ultimes préparatifs. Surtout, ils rentrent chacun dans leur bulle, ils sont déjà ailleurs, dans le pays de solitude.

Rude première étape

Le premier acte fut âpre et disputé, long et usant.

Un golfe de Gascogne tranquille en apéro comme mise en jambes, puis un passage très sportif du Cap Finisterre avec du vent autour de 25 nds et une mer forte, comme souvent dans ce coin-là. Cette séquence se solde par 2 démâtages et un hélitreuillage. La dernère phase de l’épreuve était marquée par d’interminables zones de pétole dure, des séances de surplace aléatoires et qui se mesuraient en heures. Dans cette situation, pétole rime avec pénible et pétage de plombs. Le mental est mis à rude épreuve, les nerfs en pelote le skipper guette la moindre risée, le plus petit nuage, il se demande où sont les autres, et finit par se convaincre que tout le monde a trouvé la sortie, sauf lui.

Contestation en Proto

En Proto, Ian Lipinski “Griffon.fr” n’a pas eu la vie facile. Désigné, à juste titre, comme le grand favori, le Lorientais d’adoption a eu du fil à retordre. C’est d’abord Erwan Le Mené “ Rousseau Clotures” qui lui a mené la vie dure en attaquant d’emblée et en prenant la tête de l’épreuve jusqu’après la pointe espagnole où il était victime d’une rupture de tangon. Mais la porte n’était pas grande ouverte, car “Griffon.fr” se faisait alors déborder par Arthur-Léopold Léger “AntalXPO”, arrivé de nulle part – au propre comme au figuré (il n’a presque pas couru ces 3 dernières années) – et qui s’est maintenu en tête jusqu’à quelques encablures de la ligne d’arrivée. Au classement, il ne concède que 113 secondes au vainqueur de cette première étape. Le “Griffon.fr”, leader incontesté depuis 2 ans a tremblé sur son socle.

Pour la suite de cette Mini Transat, à l’échelle d’une traversée de 2700 milles, les écarts au classement semblent insignifiants. Un fifrelin, le top 10 se tient en moins de 10 heures. Derrière le plan Raison de Ian Lipinski, ce sont trois plans Lombard (709 “Antal-XPO”, 800 “Rousseau Clotures”et 716 “Spicee.com”), en esquadrille, qui occupent les premières loges pour assurer la chasse. Le cinquième, Aurélien Poisson – “Teamwork.net” – (plan Manuard) est encore un nez fin. Un peu décevants dans ces conditions le 888 “Eight Cube”– Simon Koster et le 934 “Lilienthal” – Jorg Riehers sont respectivement 6ème et 7ème. Mais les gros nez n’ont certainement pas dit leur dernier mot, ils n’ont que 8 heures de retard, une paille, et la route est encore longue.

Au Winches Club on n’est pas chauvin , mais citons la très belle course de Patrick Jaffré qui intègre le top 10, une position élogieuse au classement qu’il aura à coeur de confirmer en Martinique.

En conclusion, quelques certitudes valables à La Rochelle se sont un tantinet estompées et les cartes sont redistribuées. Certes Ian Lipinski conserve un gros paquet d’atouts, mais ses concurrents ont tiré quelques bonnes cartes et sont, plus que jamais, prêts à les abattre à la première occasion.

Holdup à la suisse en Série

Le résultat sportif de la 1ère étape a sans aucun doute été influencé par le scénario météo qui l’a accompagné. Un peu de chance ou de malchance, parfois à quelques milles près, et le classement est chamboulé. Qu’on ne s’y trompe pas, la victoire de Valentin Gautier – 903 “Banque du Léman” n’a rien du résultat d’une loterie. La course a été très disputée, 7 leaders différents en 10 jours et 13 changements en tête au fil des cartos, et, malgré quelques fausses notes, ce sont les meilleurs qui sont devant. Le navigateur suisse a fait la course dans le groupe de tête tout du long et a gardé la tête froide pour prendre les bonnes décisions dans les dernières heures de la régate. Les 2 heures d’avance qu’il possède à la veille de cette seconde étape ne pèseront pas lourd dans la décision finale, mais une avance, si petite soit-elle, c’est mieux qu’un handicap, même petit.

Derrière, la meute est à l’affût, les 21 premiers bateaux se tiennent en 6 heures, c’est dire que rien n’est fait pour la hiérarchie finale de cette Mini Transat. Les Pogo3 confirment leur supériorité et trustent largement le haut du tableau (et les 5 premières places), mais les incroyables Ambrogio Beccaria et Fred Moreau occupent les 5ème et 6ème places sur leurs Pogo2.

La bagarre va être belle, et serrée jusqu’au bout, avec de probables rebondissements, des coups de théâtre, des courses dans la course, et peut-être l’un ou l’autre fera-t-il même un tour de magie. On va se régaler, ils sont remontés comme des horloges, beaucoup y croient encore, et ils ont raison.

La belle histoire

Il n’y a eu que 2 abandons lors de cette étape. Un record. Ils seront 79 Minis au départ de Las Palmas pour faire le grand saut, plus d’escale possible, vers les Antilles. Les deux bateaux qui avaient démâtés aux abords du Cap Finisterre en début de course, le 614 de Fredo Guérin “les-amis.fun” et le 832 de Julien Mizrachi “Unapei” seront sur la ligne.

Après leur fortune de mer, ils avaient regagné La Corogne, sans assistance, sous gréement de fortune et bénéficiaient d’une possibilité de 72 heures d’escale technique pour rester en course. Toutefois, se retrouver sans mât au fin fond de l’Espagne, avec un outillage restreint, c’est pas gagné d’avance, ça sent méchamment l’abandon, la fin de l’histoire.

Mais, il était une fois la Classe Mini. Dans la communauté des Ministes, un mât qui tombe, c’est un rêve qui s’écroule. Et ça, on n’aime pas, c’est dans l’ADN. Un mât c’est fait pour être droit, pour faire monter les rêves jusqu’aux étoiles. Alors, quand un mât tombe après 2 jours de course, après 2 ans d’efforts, de sacrifices, de galères parfois, pour pouvoir passer de l’autre côté de l’Océan, alors la colère monte. Quand un mât tombe après 2 jours de course, la nouvelle, comme une traînée de poudre se répand dans la communauté ministe et on refait le Monde, ça ne se passera pas comme ça !. Alors une équipe se monte, quelqu’un trouve un mât à Lorient, un autre prête sa remorque, un troisième propose son Vito, des outils, du matos, un commando se désigne. Les bras, c’est fait pour servir, pour porter les rêves quand ils vacillent, les remettre en route. Le temps est compté, c’est le réglement. Il y a 72 heures pour agir, pour être efficace, pour que le 832 reste en course. Julien doit à nouveau être en piste avant le samedi 22h30. Sur le coup de 20h00, le 832 est remorqué vers le bout de la jetée, les voiles sont hissées, c’est reparti et il arrivera à Las Palmas sans encombre après 14 jours 15 heures et 8 minutes de compétition, arrêt inclu.

Fredo Guérin n’a pas été en mesure de repartir dans les temps. Avec un mât en carbone, toutes les réparations ne sont pas possibles dans un contre-la-montre. Il en faut plus pour démonter le doyen de cette Mini Transat qui, à 62 ans, tient à terminer sa quatrième participation comme si c’était la première. Une deuxième équipe prendra la route, avec autre mât, et le Mini repartira pour arriver aux Canaries hors-course, mais dans le délai prescrit pour s’aligner au départ de la seconde manche.

Djibi.

Photographie Simon Jourdan.