Mini Fastnet 2018 : Açores en vue.

Sur le plan sportif, les favoris étaient au rendez-vous, et ils n’étaient pas tout seuls.

En Proto, ce sont immanquablement les débuts en compétition de 2 nouveaux Minis sur plan Lombard qui auront marqué ce 33ème Mini Fastnet. Après un warm up sur le MAP, et quelques petites mises au point, le 950 et le 945 n’auront pas mis longtemps à montrer de quoi ils sont capables avec les première et quatrième places. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Qui aurait prédit qu’un bateau mis à l’eau le 8 juin, jaugé le 9, arrivé huitième du MAP avec quelques bobos, gagnerait haut la main le Mini Fastnet moins de quinze jours plus tard ? Le plan n’est pas seul responsable : la qualité du taf’, l’exigence technique du constructeur – Axel Tréhin lui-même – qui vient de passer 15 mois dans le carbone et bien entendu les qualités du co-skipper, Fred Denis himself, contribuent largement à la victoire. La concurrence a de quoi se gratter la tête. Une tête qu’Axel devra garder sur les épaules en vue de l’explication au sommet que constitue la course des Açores cet été. Car François Jambou et Erwan Le Mené, à leur habitude, se sont battus jusqu’au bout pour monter sur le podium. Il ne faut comparer que ce qui est comparable. L’équipier du 865, Pascal Fievet, en pleine phase de récupération et à court de compétition, n’était pas encore à son top, ce qui compte dans une épreuve longue, exigeante, surtout quand elle se conclut par une interminable séance de plantage de pieux qui peut s’apparenter pour tous à une séance de torture. Pour Pascal, cette deuxième place est une très belle victoire. Quant à Erwan Le Mené, sa troisième place (avec Renaud Mary) est plus qu’honorable, mais ce n’est pas celle qu’ils préfèrent. Nul doute qu’Erwan va être remonté comme un spi max’ pour le départ aux Sables en juillet.

En Série, que ça plaise ou non, il faut bien reconnaître que la catégorie ressemble de plus en plus à de la monotypie, tant la domination des Pogo3 est imposante. Ils occupent les 12 premières places, les skippers peuvent changer de numéro de Mini comme de ciré, et les régates se jouent à vue tout le long d’un parcours de 600 MN. Pas étonnant à ce petit jeu que l’équipage formé par le régatier italien Ambrogio Beccaria et le figariste Tanguy Le Turquais remporte la timbale. Oh de peu ! Ils n’ont que deux minutes d’avance sur leurs dauphins Amélie Grassi et Davy Beaudart et six minutes sur les troisièmes Clarisse Cremer et Erwan Le Draoulec. Les trois suivants sont à moins d’1/2 heure et se tiennent dans un mouchoir, à peine 2 minutes les séparent. La médaille en chocolat pour Tanguy Bouroullec et Sébastien Gueho, suivis de Hendrick Witzmann et Simon Koster puis de Nicolas D’Estais et Remi Aubrun. Le premier non-P3 est 13ème avec Kevin Bloch et Killian Zimmowitch auteurs d’une belle course.

Le retour au près depuis le Fastnet Rock sur un bord de 280 milles nautiques a marqué les esprits. Et pas que ! Les fesses aussi ont souffert et les corps sont meurtris. « Paraît que le bonheur est dans le près » disait Patrick Jaffre en ôtant délicatement son ciré. Un peu plus loin, le doyen de l’épreuve, Fred Guérin jurait que cette fois c’était bien la dernière, « Faut plus que je me fasse avoir, à 63 ans c’est bon, j’ai donné ! », ce qu’il dit chaque fois depuis plus de trente ans. Axel Tréhin, trop heureux pour souffrir, expliquait que « d’habitude, on commence par le tire-fesse jusqu’en Irlande, puis après, c’est tout schuss jusqu’à Douarn’ ! Ben là, c’était le contraire « .
Suite aux errements du sympathique Jörg Riechers le long de la côte Sud de la baie de Douarnenez qu’il a inspectée de très près, un contrôleur de la sécurité faisait remarquer qu' »il est donc très important d’avoir certaines cartes de détails exigées, même si, au départ de la course, on n’a pas spécialement l’intention d’y aller ». Même si l’Allemand a d’abord prétendu qu’il « cherchait un terrain pour construire une cabane sur la côte », il avouait ensuite avoir pris une option catastrophique, il s’était retrouvé dans cette zone de son plein gré.

A l’année prochaine, et bons vents à ceux qui vont aux Açores cet été.

Photo Simon Jourdan.